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Nous vous proposons ici une partie des exposés réalisés par les militant-es de Mix-Cité depuis 1997. Ces exposés ont été présentés et débattus en réunion plénière.
Petits avertissements quant à la portée des exposés
10 - La représentation des femmes dans les manuels scolaires
9 - La prostitution (1/3)
9 - La prostitution (2/3)
9 - La prostitution (3/3)
8 - Représentations amoureuses et violences conjugales (1/2)
8 - Représentations amoureuses et violences conjugales (2/2)
7 - Les femmes dans les manuels scolaires (1/3)
7 - Les femmes dans les manuels scolaires (2/3)
7 - Les femmes dans les manuels scolaires (3/3)
6 - De la double oppression des femmes immigrées (1/2)
6 - De la double oppression des femmes immigrées (2/2)
5 - Sciences et différences des sexes (1/2)
5 - Sciences et différences des sexes (2/2)
4 - La sexualité (1/2)
4 - La sexualité (2/2)
3 - La mixité a-t-elle été un gage de l'égalité? (1/2)
3 - La mixité a-t-elle été un gage de l'égalité? (2/2)
2 - Femmes et travail (1/5)
2 - Femmes et travail (2/5)
2 - Femmes et travail (3/5)
2 - Femmes et travail (4/5)
2 - Femmes et travail (5/5)
1- La parité
0 - Le viol (1/3)
0 - Le viol (2/3)
0 - Le viol (3/3)
Les femmes et l'art (1/3)
Les femmes et l'art (2/3)
Les femmes et l'art (3/3)
Publié le 14-12-2000 * Rechercher | * Imprimer | * Plan du site
8 - Représentations amoureuses et violences conjugales (1/2)
Exposé de Delphine, pour Mix-Cité (14 décembre 2000 + réactualisation) (Partie 1/2 de "les représentations amoureuses et les violences conjugales").


THESE:
Le regard qu'hommes et femmes portent sur leurs rapports amoureux est conditionné par les messages que véhicule leur environnement social.
Ces représentations sur le rôle de chacun au sein d'une relation amoureuse peuvent être propices à l'émergence et à la tolérance de la violence conjugale.


SOMMAIRE

I) SOCIALISATION ET VIOLENCE

II) REPRESENTATIONS AMOUREUSES ET VIOLENCE CONJUGALE

III) LA PREVENTION : UN ENJEU STRATEGIQUE

IV) PROGRAMMES QUEBECOIS DE LUTTE CONTRE LE SEXISME

V) LIEUX D'INTERVENTIONS POSSIBLES


I - SOCIALISATION ET VIOLENCE

L'éducation sexuée façonne garçons et filles différemment.

Dès l'enfance, les petites filles et les petits garçons sont perçus selon des catégories stéréotypées.
A 48 heures, la fille est jugée plus belle, jolie, délicate et petite alors que le garçon est perçu comme robuste, fort et solide.
Lorsqu'on fait entendre les cris d'un bébé enregistrés sur une bande magnétique, des étudiants jugent qu'il pleure parce qu'il est en colère s'il est identifié comme étant un garçon, et parce qu'il a peur si l'on pense qu'il s'agit d'une fille.

La rétroaction fournie à l'enfant par l'enseignant lorsqu'il échoue à une tâche scolaire diffère selon le sexe. Pour le garçon, on alloue ses échecs à des aspects non intellectuels de son rendement (il chahute, etc.), alors que la fille reçoit davantage de commentaires sur ses déficits intellectuels.
Les filles ont dès lors tendance à attribuer leurs échecs à un manque d'habileté (attribution interne) et leurs succès à la chance (attribution externe).

Sur un plan ludique, les jouets proposés aux filles sont de type plus domestique, favorisant davantage l'acquisition d'habiletés sociales ou coopératives, incitant moins à l'expérience avec le monde physique ou au déplacement dans l'espace.
Mais ce qui est tacitement véhiculé par des jeux tels que des poupées correspond aux qualités qu'on souhaite valoriser chez les filles : prendre soin des autres, se dévouer, voire s'oublier, être compréhensive, ne pas être égoïste, ni agressive.
Autant de qualités préparant aux rôles de mère, d’épouse, ou encore de travailleuse sociale, d’infirmière, de bénévole...
Toutefois, une telle socialisation entraîne les filles à être au lieu de faire, à éprouver de la réticence à s'engager face aux situations nouvelles, à confiner leur environnement social autour de figures rassurantes et à centrer leur champ d'expérience autour de rôles domestiques.
Or, une telle préoccupation des autres sclérose l'apprentissage d'une réelle autonomie et d'une estime de soi, prédisposant les femmes à l'acceptation des violences conjugales puisque toutes tournées vers le bien être d'autrui.
En effet, une femme violentée peut hésiter à quitter son conjoint du fait qu'elle se sent responsable de son bonheur ("Mais comment va-t-il vivre tout seul?") ou bien par manque de confiance en elle (peur d'être seule, crainte de ne pouvoir s'en sortir financièrement, etc.).
Les garçons, pour leur part, sont encouragés à être autonomes, forts, actifs. Ceci au détriment de la sphère émotionnelle : un garçon ne doit pas pleurer, ni avoir peur.
Cet interdit de communiquer librement ses sentiments ainsi que l'injonction à être fort, mais aussi le plus fort, peuvent conduire à la violence conjugale.

Plus chacun des genres épousera les stéréotypes relatifs aux rôles sexués et plus l'émergence et le maintien de la violence conjugale seront rendus possibles.

Le sentiment d'impuissance des filles et l'impunité des garçons face à la violence sont accentués par le fait que ces agissements ne sont pas condamnés, les filles portant la responsabilité de l'agression subie.
Quand les garçons se disent agressés par d'autres garçons, ils considèrent que c'est la situation qui est dangereuse (Les agresseurs sont par exemple trop nombreux). Mais quand les filles se font agresser, elles se considèrent toujours intrinsèquement plus faibles et sans défense. En outre, elles pensent qu'il est dans la nature des garçons d'être ainsi et qu'on n'y peut rien, sinon tenter de s'en protéger. La réponse faite par les adultes face à cette situation corrobore l'aspect prétendument inévitable de la violence au masculin. En effet, quand les filles viennent se plaindre des garçons à un enseignant homme, celui-ci répond : «Défendez-vous» et quand elles demandent assistance aux femmes, elles entendent «allez jouer plus loin!».
La seule façon de réagir est de protéger les filles ou de leur apprendre à se battre, et non d'agir directement auprès des auteurs de ces violences.
Il en résulte un processus de victimisation (les filles sont par nature les victimes des garçons) ou de culpabilisation (si je prends des coups, c'est parce que je suis restée trop près).


II - REPRESENTATIONS AMOUREUSES ET VIOLENCE CONJUGALE :

Les représentations que chacun des sexes se fait d'une relation amoureuse peuvent porter en germe des tactiques abusives ou, au contraire, une acceptation des comportements violents.

Les femmes se pensent souvent responsables de la qualité de leur relation amoureuse, la famille étant le lieu privilégié de leur investissement.
Si le succès du couple semble ainsi à certaines reposer sur leurs épaules, il est possible qu'elles se responsabilisent de la violence subie, éprouvant honte et culpabilité.

Un certain code romantique favorise également l'acceptation de la violence conjugale.
Ainsi, pour certaines, aimer, c'est être capable de donner sans rien demander en retour, et donc de vivre une relation inégalitaire centrée sur le bien être d'un seul des deux partenaires.
Le mythe du partenaire unique et irremplaçable, prédestiné entre tous, ne permet pas non plus de développer des alternatives à la violence telles que de changer de partenaire.
L'idée que l'amour est plus fort que tout invite également à penser que la violence sera vaincue par un attachement amoureux inconditionnel.
Par ailleurs, la pression sociale d'être en couple, fort importante à l'adolescence, entraîne souvent une tolérance des agressions subies. Outre le fait d'être dans la norme en étant deux, l'idée même de vivre l'amour est capitale : «Avant d'être en amour avec quelqu'un, ils sont en amour avec l'amour», comme il peut être dit au Québec.

Enfin, une majorité d'adolescentes voit dans la jalousie une preuve d'amour, bien qu'elle soit aussi considérée comme étant une cause majeure de violence. On peut alors craindre que la violence soit vue comme une expression de l'amour, et qu'il faut endurer pour être aimée.

La sexualité cristallise les différences d'attitude des hommes et des femmes face à l'amour.
Alors que pour une majorité des filles, amour et sexualité vont de pair, pour une majorité des garçons, on n'est pas obligé d'aimer sa partenaire pour avoir des relations sexuelles avec elle (61% des filles contre 38% des garçons disent avoir été amoureux lors du premier rapport sexuel).
Cette divergence culturelle serait justifiée par un ancrage dit naturel : la sexualité féminine serait intrinsèquement liée aux sentiments alors que la sexualité masculine répondrait à un besoin physique, parfois incontrôlable.
Les femmes pourraient alors être responsables de la violence sexuelle subie, n'ayant pu éviter l'excitation de leur partenaire : un homme sexuellement excité doit être sexuellement satisfait.

La pornographie, élément déterminant dans l'apprentissage sexuel des adolescent-e-s alimente les comportements violents tout en leur donnant une connotation positive (usage consensuel de la violence).
Apprennent-ils dans la pornographie que la violence consensuelle est la norme dans les relations sexuelles ou bien qu'on peut user de violence non consensuelle car c'est au fond ce que la partenaire désire (même si une fille dit non, elle le veut secrètement) ?

Cette érotisation et banalisation de l'agression, mettant en scène la domination des femmes, n'est-elle pas une invitation à la violence ? En effet, beaucoup de jeunes hommes évoquent les scénarios pornographiques pour justifier leurs demandes abusives.

Parce que les filles sont souvent ignorantes de leurs propres désirs et de ce qui est ou non légitime lors d'un rapport, sachant seulement que le sexe a quelque lien avec l'amour, elles peuvent penser que cette violence qu'on leur inflige est l'expression des sentiments amoureux.

Les garçons, quant à eux, en calquant leur sexualité sur les rapports performants et phallocentrés que la pornographie met en scène, ne sont à l'écoute ni de leurs propres désirs, ni de ceux de leurs partenaires. Cette emphase sur la virilité empêche de véritablement rejoindre l'autre, avec le risque de le violenter.


L'éducation sexuée et les représentations amoureuses qui en découlent peuvent être des éléments déterminants conduisant à la violence conjugale.

Ceci a un coût élevé pour les femmes, mais aussi pour les hommes. Les premières ne peuvent acquérir une pleine autonomie et une véritable estime de soi car trop souvent tournées vers les autres. Les seconds s'aliènent dans un rôle les condamnant à être non seulement forts, mais aussi les plus forts, au détriment de tout principe d'égalité.


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