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Egalité des sexes

Confinement : des ménages en surmenage


Violences conjugales en hausse – plus de 30 % de signalements selon les autorités françaises – divorces et séparations en Chine, en Espagne ou en France : le confinement a eu raison de nombreuses vies de couple.

Nous reposant sur une enquête en ligne menée en France du 21 avril au 10 mai, nous avons analysé sur un échantillon de plus de 3 000 couples hétérosexuels les effets du confinement. Ce questionnaire a déjà fait l’objet d’un premier article dans The Conversation au sujet des effets du confinement sur l’apprentissage des enfants.

Afin que nos résultats soient représentatifs, et faute de participation suffisante des hommes à notre enquête, nous avons uniquement sélectionné les couples pour lesquels la femme est le répondant de l’enquête.

Le temps passé aux tâches domestiques s’est accru

Le confinement, de par sa nature et sa temporalité relativement imprévisible et soudaine, a projeté de nombreux couples dans une situation délicate, jonglant entre travail, enfants et partenaire, et entraînant potentiellement bon nombre de tensions autour de la gestion de la vie quotidienne. Cette situation particulière s’est aussi illustrée sur le partage des tâches domestiques, celles-ci augmentant nécessairement avec la multiplication du temps passé à domicile.

Le confinement imposant pour la plupart des couples une quarantaine à domicile, et supprimant la possibilité d’externaliser les activités (avec l’aide à domicile par exemple), le temps passé aux tâches domestiques s’est logiquement accru.

Figure 1 : Temps passé aux tâches ménagères et éducations des enfants.
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Ainsi, la Figure 1 nous montre que toutes les femmes avec ou sans enfant ont connu une augmentation notable du nombre d’heures par semaine consacrées aux activités de nettoyage, de cuisine et de blanchisserie.

Pour les couples avec enfant, le temps passé par les mères avec leurs enfants sur des activités éducatives et pédagogiques s’est multiplié passant de deux à huit heures par semaine en moyenne pendant le confinement. La charge de l’école à domicile a donc pesé sur l’emploi du temps des femmes concernées, déjà accaparées par un temps accru à l’entretien du ménage.

Un écart d’investissement entre partenaires

En étudiant la part individuelle de travail accompli par rapport à la charge totale de travail domestique du ménage, nous pouvons établir les écarts d’investissement aux tâches entre les partenaires.

La comparaison des situations avant et après le confinement nous permet de retracer l’évolution de la distribution de ces tâches au sein des ménages.

Figure 2 : Évolution de la distribution des tâches entre homme et femme dans le ménage.
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La Figure 2 nous montre que tous les couples avec ou sans enfant ont connu une légère redistribution des tâches domestiques entre les époux pendant le confinement. Si ces tâches restent largement de l’apanage des femmes, le confinement a cependant réduit l’écart d’investissement sur ces activités entre les partenaires.

Nous pouvons noter que les écarts entre homme et femme de participation aux tâches domestiques sont systématiquement plus élevés – la femme assume plus de charge – pour les couples avec enfants que sans enfants.

Néanmoins, en analysant pour chacune des activités domestiques, nous remarquons que cette réduction n’est significative que pour l’activité relative aux achats et autres commissions à l’extérieur du domicile.

Après 55 jours de confinement, 5 couples racontent comment leur relation a évolué, dans le bon ou le mauvais sens. Une chose est sûre : chacun a appris beaucoup sur son partenaire pendant cette période.

Les hommes ont globalement maintenu une faible participation sur la plupart des tâches ménagères sauf lorsque celle-ci se passe en dehors de la sphère familiale (faire les courses). Nous avançons deux points pour expliquer le mécanisme sous-jacent à cette évolution.

Le premier est que cette activité est devenue plus risquée en raison de la pandémie, et que les hommes prennent un « rôle de protection » vis-à-vis des autres membres du ménage en prenant le risque pour eux-mêmes. L’autre raison réside sur le caractère exceptionnel des sorties en confinement.

Le fait est que cette activité devient parfaitement bien identifiée par les autres membres du ménage, et que l’homme peut ainsi se targuer de participer aux tâches domestiques. En outre, le caractère monotone et contraignant du confinement offre à cette activité un potentiel de loisirs, celle-ci étant l’occasion de sortir du foyer sans durée limitée.

Évolution des conflits et tâches ménagères

Durant le confinement, la majorité des couples ont déclaré ne pas connaître une hausse des conflits. Pour autant, comme illustrée par la Figure 3, la part de ceux déclarant une hausse est légèrement plus importante pour les couples avec enfants.

Figure 3 : Part des répondants sur l’occurrence des conflits.
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De par un modèle économétrique, nous réalisons une relation entre le partage des tâches et l’occurrence des conflits pendant le confinement. Les résultats de ce modèle nous montrent qu’il existe une relation significative entre un partage des tâches déséquilibré et la hausse des conflits durant la même période uniquement pour les couples avec enfant.

Lorsqu’on analyse de plus près les raisons de cette augmentation, on peut voir que la hausse du conflit intervient principalement lorsque le partage des tâches sur le nettoyage du foyer est déséquilibré pendant le confinement.

Pour les couples sans enfant, malgré qu’ils connaissent eux aussi une hausse des conflits, celle-ci n’a cependant pas de lien avec la distribution des tâches.

Cette tâche, qui cristallise les tensions au sein du couple en confinement, est d’ailleurs celle qui concentre plus de la moitié du temps total passé aux tâches domestiques selon l’enquête Emploi du Temps effectuée en France en 2009-2010.

En définitive, le confinement a été une période où, malgré l’afflux de travail, peu de tâches ménagères ont été rebalancées dans les ménages. Pourtant, lorsqu’il y a des enfants, la répartition de celles-ci semblent jouer un rôle significatif dans l’occurrence des conflits entre les partenaires. Si pour certains, le confinement fut l’occasion de penser le monde de demain dans les ménages, le quotidien des femmes ressemblait pour beaucoup au monde d’hier.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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