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Egalité des sexes

Les femmes avec une expérience RH de plus en plus nombreuses dans les conseils d’administration


Dix ans après la promulgation de la loi Copé-Zimmermann sur la diversité de genre dans les conseils d’administration, celle-ci est devenue naturelle dans la sélection des administrateurs des grandes sociétés. Selon la dernière étude publiée par notre Baromètre de la diversité dans les conseils d’administration, menée après les assemblées générales 2021, la féminisation des conseils se stabilise ainsi à 45,5 % pour les sociétés du SBF 120, les plus grandes entreprises françaises cotées, et même à 46,4 % chez les sociétés de droit français de l’indice soumises à la loi.


Baromètre BSB de la diversité dans les conseils d’administration 2021.

Plus de 8 entreprises sur 10 comptent aujourd’hui au moins quatre femmes dans leur conseil d’administration (sachant que la taille moyenne des conseils d’administration est de 12,5, sans compter les administrateurs représentant les salariés). Nous sommes donc au-dessus du seuil critique évoqué par la littérature académique pour permettre l’expression de ces administratrices. Autrement dit, les femmes sont désormais assez nombreuses dans les conseils pour avoir de l’influence.

Plus de profils RH

La diversité de genre apporte aussi d’autres sources de diversité. Certes, parmi les critères de sélection des administrateurs les plus forts pour les hommes comme pour les femmes, l’expérience de direction générale est toujours très valorisée : 47 % des nouveaux administrateurs ont eu une telle expérience (43 % en 2020). Cette proportion est stable chez les hommes (58 % en 2021, 55 % en 2020), et en progression chez les nouvelles administratrices après une année 2020 en baisse (27 %), pour revenir au niveau des années antérieures (36 % en 2021).

De même, l’expérience en finance et celle en ministère sont souvent requises, avec une proportion d’élus ayant une expérience en ministère en légère hausse (23 %), confirmant l’importance des réseaux soulignée dans l’étude de l’année passée. Cette hausse est due aux femmes recrutées (25 % contre 17 % en 2020), alors qu’elle baisse chez hommes (22 % contre 25 %).

Cependant, l’arrivée des femmes dans les conseils d’administration permet aussi celle de nouveaux profils. Nous observons par exemple que l’expérience en ressources humaines (RH), jusqu’alors peu fréquente chez les administrateurs, prend progressivement de l’importance grâce aux administratrices recrutées, qui ont cette expertise pour 16 % d’entre elles en 2021 (contre 10 % en 2018 et 3 % en 2015).

Effet de la loi Copé-Zimmermann ou évolution des conseils d’administration ? Les expertises apportées par les administrateurs ayant une influence sur les sujets traités et les décisions stratégiques prises, dans un contexte de prise en compte croissante des parties prenantes et de l’importance du capital humain des entreprises, nommer des profils RH au sein du conseil d’administration prend en effet tout son sens.

Ces nouveaux administrateurs(trices) pourraient ainsi favoriser l’implication du conseil d’administration dans le management de la diversité et celui des talents, dans l’adoption de pratiques RH pouvant augmenter la compétitivité de la firme, mais aussi apporter leur expertise en matière de rémunération, de succession ou encore d’innovations managériales, sujets au cœur des missions du conseil.

La fin du « Old boys’ club »


Baromètre BSB de la diversité dans les conseils d’administration 2021.

D’autres constats ressortent de la dernière étude du baromètre. D’abord, le rajeunissement des conseils d’administration n’est toujours pas engagé, avec seulement 4 % de nouveaux administrateurs de moins de 40 ans. En outre, les critères de recrutement liés à la formation restent stables : la formation en gestion, bien qu’en baisse (57 % en 2021 contre 65 % en 2020), et la formation internationale (44 %, stable) demeurent des critères forts pour le recrutement des nouveaux administrateurs, quel que soit le genre.

De même, les candidats issus de formations dans des écoles d’élite sont toujours privilégiés (39 %), avec une légère baisse par rapport à 2020 (44 %), mais leur proportion est stable chez les hommes (47 %), c’est pour les femmes recrutées que la baisse est observée (28 % contre 39 % en 2020).

Enfin, pour la deuxième année consécutive, parmi les nouveaux administrateurs, les femmes sont plus nombreuses que les hommes en proportion (61 % contre 58 %) à avoir déjà une expérience en conseil d’administration. Dix ans après la promulgation de la loi, le phénomène de genre s’est donc inversé. La baisse de la part de mandats disponible pour les hommes explique également qu’ils soient moins nombreux aujourd’hui à avoir cette expérience. Autrement dit, le puissant réseau des administrateurs, le « Old boys’ club », n’est donc plus réservé aux hommes.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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