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Egalité des sexes

un impact plus grand chez les femmes


Les femmes et les hommes sont exposés différemment aux facteurs de risque pour la santé engendrés, ou accentués, par la Covid-19.

Les femmes sont plus à risque d’exposition directe au virus de par leur sur-représentation dans le milieu de la santé et des services, mais elles ont également été plus affectées par les pertes d’emploi liées à la pandémie.

La quarantaine, l’isolement, le chômage, l’insécurité financière, la violence et le fragile équilibre travail-famille sont autant de facteurs de risque pour la santé liés à la Covid-19. Ceux-ci peuvent tous accentuer les inégalités de santé entre les femmes et les hommes.

Il nous apparaît donc essentiel de considérer l’expérience genrée de la Covid-19 dans les recherches portant sur les conséquences de cette pandémie sur la santé.

Nos travaux s’ancrent dans le paradigme des déterminants sociaux de la santé et des inégalités de santé. Nous avons montré, entre autres, comment les politiques sociales ainsi que la construction du genre participent aux inégalités de santé dans la population.

En réaction aux transformations engendrées par la Covid-19, l’un de nos projets consiste à documenter l’impact de l’expérience genrée du conflit travail-famille dans un contexte de confinement sur la santé mentale des étudiantes universitaires, grâce au financement du Réseau de recherche en santé des populations du Québec.

Les femmes plus exposées

Le genre est un déterminant structurant de la santé. Il expose différemment les hommes et les femmes aux contraintes. Par exemple, même dans un pays égalitaire tel que la Finlande, les femmes consacrent jusqu’à 2,5 fois plus de temps aux tâches domestiques régulières et 2 fois plus de temps aux soins des enfants.

Le genre se construit également à travers le sens et l’importance accordée aux situations du quotidien, se traduisant par une vulnérabilité différentielle aux contraintes. Certaines femmes peuvent être ainsi plus préoccupées que leur conjoint par les difficultés vécues par un enfant ou un parent, une situation communément appelée la « charge mentale ».

L’ancien conseil consultatif du G7 pour l’égalité des sexes appelait récemment à considérer prioritairement les dimensions genrées de la pandémie et à prévenir une détérioration de l’égalité et des droits des femmes.

Pour sa part, le Fonds des Nations unies pour la population affirme que « les pandémies aggravent les inégalités existantes pour les femmes et les filles ».

L’absence de réflexion sur les inégalités structurelles de genre, tout comme ce fût le cas lors des virus Ebola et Zika, pourrait contribuer à renforcer les inégalités. Les restrictions de déplacement lors de l’Ebola avaient par exemple participé à limiter l’accès aux soins pré et postnataux.

Des retombées généralisées

En ce qui concerne la Covid-19, les retombées sur les inégalités homme-femme risquent toutefois d’être nettement plus généralisées. Les mesures de flexibilité au travail, les fermetures d’entreprises, de services de garde, le confinement et le choix des services essentiels façonnent les contraintes auxquelles sont confrontés quotidiennement les hommes et les femmes. Cela pourrait se traduire, par exemple, par une augmentation du fardeau domestique et du conflit travail-famille parmi les femmes. Les fermetures ou l’accès limité aux services de garde imposent également des contraintes importantes pour les parents en emploi, dont les services essentiels sont en grande partie assumés par des femmes.

L’emprise du genre sur la santé et les inégalités en santé explique, en partie, pourquoi les gouvernements et les organisations internationales en faisaient un enjeu essentiel avant la Covid-19. Par exemple, la stratégie gouvernementale du Québec pour l’égalité entre les femmes et les hommes vers 2021 dont l’orientation 4 aborde une approche différenciée selon les sexes en santé et bien-être. Le genre et la santé figuraient également parmi les objectifs de développement durable pour 2030 de l’Organisation mondiale de la santé.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, s’exprime lors de la 147e session du Conseil exécutif de l’OMS à Genève (Suisse), le vendredi 22 mai 2020. Le genre et la santé figurent parmi les objectifs de développement durable de l’OMS.
OMS/Christopher Black via AP

Cela d’autant plus que certaines politiques sociales sont genrées. Elles peuvent moduler les inégalités de santé entre les femmes et les hommes. Par exemple, les congés parentaux demeurent majoritairement réservés ou pris par des femmes dans plusieurs pays.

Cette situation normalise et contribue à reproduire l’idée qu’il revient aux femmes de s’occuper des enfants. En contraste, l’établissement de congés parentaux réservés aux pères, comme ceux que le Québec a mis sur pied en 2006, incite à un partage plus équitable des responsabilités familiales et à une réduction des inégalités en santé. La durée des congés parentaux a également un effet bénéfique sur la santé mentale des femmes.

Il faut des réponses genrées

Avant cette crise, l’analyse des politiques différenciées selon le sexe était le credo du gouvernement fédéral canadien. Pourtant, la plupart des mesures en réponse à la pandémie ont été prises sans égard au genre. Auparavant, le gouvernement admettait la nécessité d’accroître les données sur lesquelles appuyer ses analyses. Ce besoin est d’autant plus criant dans le contexte actuel. Par exemple, les femmes victimes de violences conjugales se trouvent en situation particulièrement vulnérable en période de quarantaine. Toutefois, il n’existe aucune donnée pour documenter ce phénomène.

En période de pandémie, l’augmentation des inégalités de santé entre les hommes et les femmes n’est pas une fatalité. Certaines mesures pourraient avoir contribué indirectement à diminuer ces inégalités. On peut citer l’apport plus soutenu des pères dans l’éducation des enfants et les tâches domestiques lors du confinement. Un accès généralisé à des conditions de travail flexibles, dont le congé de 10 jours proposé par le gouvernement fédéral, aurait aussi un effet positif. Les comparaisons internationales permettront de discerner les mesures ayant été les plus favorables à une réduction des inégalités.

Des impacts sur la carrière

Loin d’être homogènes, les retombées de la Covid-19 sur la construction du genre et les inégalités en santé pourraient perdurer et interagir avec d’autres déterminants structuraux de la santé. Par exemple, dans un contexte universitaire, la division genrée des tâches aurait des effets cumulatifs dans la progression de la carrière.




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En outre, la pandémie a accéléré les processus d’octroi de subventions de recherche et de révision par les pairs, ce qui favorise surtout les chercheurs dont les responsabilités familiales sont moindres. Pour les autres, cette accélération accroîtra le conflit travail-famille et ses conséquences sur la santé mentale. D’ailleurs, on observe déjà une diminution marquée de la proportion de soumission d’articles scientifiques par des femmes.

Les hommes aussi en souffrent

Les normes sociales régissant l’expression des émotions incitent les hommes et les femmes à manifester différemment leur détresse. Les femmes rapportent davantage de symptômes dépressifs et d’anxiété, tandis que l’abus de substances serait généralement plus prédominant parmi les hommes. Il est probable d’assister à une augmentation des suicides, plus fréquents chez les hommes, pendant et après la pandémie. Négliger cet aspect pourrait conduire à sous-estimer l’impact de la crise sur la santé mentale des hommes.

Comment éviter, ou limiter, les répercussions de la pandémie sur les inégalités de santé liées au genre ? Plusieurs initiatives doivent être menées simultanément. Une documentation rigoureuse de l’expérience genrée de la pandémie s’impose. Le gouvernement peut intervenir à travers ses politiques. À cet égard, espérons que les mesures visant à ce que les femmes tirent profil de la relance économique portent leurs fruits.

Les employeurs s’avèrent aussi des leviers essentiels pour l’égalité. La crise actuelle est l’occasion pour eux de participer à cette transformation en favorisant, par exemple, les horaires flexibles, les banques de temps, les congés familiaux ou les semaines de travail réduites. Les femmes ayant accès à de telles mesures rapportent moins de détresse psychologique que celles qui n’y ont pas accès.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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