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Condition Féminine

Les femmes dans les manuels scolaires

Après l’exposé de Marie-Noëlle sur les stéréotypes et le problème de la parité dans l’éducation, cet exposé aborde en détail un aspect précis de cette problématique : les manuels scolaires, qui sont des outils primordiaux de l’éducation et comptent parmi les premiers contacts des individus avec la lecture et le savoir.

Comment les femmes sont-elles représentées dans les manuels scolaires? La parité y est-elle de rigueur? Les stéréotypes sexistes y sont-ils toujours présents?

Ces questions sont d’importance pour une association féministe culturaliste : des réponses positives tendraient à prouver que dans notre société, des stéréotypes existent, induisant des différences entre les sexes, que ces stéréotypes sont inculqués aux individus dès leur plus jeune âge et dans les fondements de leur éducation.

Cet exposé se fonde en grande partie sur « le Rapport au Premier ministre sur la représentation des hommes et des femmes dans les livres scolaires » de Simone Rignault et Philippe Richer publié en mars 1997 et commandé par Alain Juppé en septembre 1996. Ce rapport se pose d’emblée dans une perspective culturaliste :  » La sociologie et la psychanalyse nous enseignent que des déterminants puissants, le plus souvent inconscients pour les sujets eux-mêmes, conditionnent leur choix apparemment libres. (…) Si les flux d’orientation des filles et des garçons divergent, c’est à cause de la représentation sociale de métiers véhiculée par certains supports et repris par l’attente des parents, qui diffèrent selon le sexe de l’enfant. On peut exclure d’emblée les différences biologiques des sexes qui conditionneraient de tels écarts dans les choix des filières. (…) Il faut donc chercher d’autres déterminants à l’extérieur et à l’intérieur du milieu scolaire. « 

L’IMPORTANCE DU MANUEL SCOLAIRE

Qu’est-ce qu’un manuel scolaire ? Tout ouvrage utilisé en classe par les élèves, avec l’intermédiaire du professeur, et fabriqué dans cet objectif. Ils existent dans toutes les matières, de la maternelle à la terminale, en passant par les classes techniques et professionnelles.

1 – Quelques notions sur la fabrication et l’édition des manuels scolaires

À la base du manuel : le programme national officiel, publié par le Ministère de l’Éducation Nationale (M.E.N.).
Les programmes nationaux officiels constituent la référence et la base. Cependant l’intervention du ministère de l’Éducation nationale s’arrête là. En France, l’État n’exerce aucun contrôle sur les ouvrages : ils sont fabriqués par des éditeurs libres. Il n’existe pas d’organe officiel d’habilitation des manuels scolaires. Le Ministère de l’Éducation Nationale ne peut intervenir que pour interdire les ouvrages contraires à la morale (?!), à la Constitution ou aux lois. C’est la libre concurrence entre éditeurs qui joue : en effet, les manuels sont nombreux pour le même marché. Les ouvrages sont toujours choisis par les enseignants. Ils sont financés par les communes (à l’école primaire), l’État (au collège), les familles (au lycée). La cible des éditeurs (et des auteurs) est l’enseignant car c’est lui le prescripteur de l’ouvrage. Qui contrôle et maîtrise les contenus des ouvrages ?

  • – en partie l’État : par le programme,
  • – en partie, les auteurs et la maison d’édition : pour les contenus,
  • – en partie, les enseignants pour qui les livres sont écrits (Les auteurs se disent prisonniers des attentes traditionnelles des enseignants).

2 – L’image et le rôle des manuels scolaires

Les manuels scolaires sont considérés comme des instruments pédagogiques majeurs. Utilisés très tôt par les enfants, ils font partie des premiers contacts des enfants avec la lecture et le monde des livres ; ils sont également le premier accès à la culture par l’écrit.

Les manuels scolaires sont revêtus d’une sorte d’autorité. Comme les encyclopédies, ce sont des ouvrages collectifs donc écrits par personne en particulier. Leurs lecteurs pensent qu’ils ne peuvent pas comporter d’erreurs, qu’ils sont infaillibles. Leur portée symbolique et leur aura sont importantes, ils sont considérés comme la référence, « le livre des livres » rassemblant l’état des connaissances d’une société à un moment donné. Enseignants, parents, et a fortiori élèves, leur font spontanément confiance.

À cause de cette aura, s’ils contiennent des stéréotypes, les élèves les absorbent comme des éponges.

C’est pourquoi les manuels, plus que tous les autres livres, doivent être exempts de toutes représentations erronées.

3 – La mission des manuels scolaires

La mission du manuel est la même que celle de l’ensemble de l’école.
L’école laïque, gratuite et obligatoire a:
– pour volonté de: ne faire aucune distinction entre les individus, les traiter tous de manière égalitaire.
– Et pour objectif de: promouvoir une meilleure égalité des chances entre tous les individus qui la composent (quels que soient leur origine, leur religion, leur sexe, etc.).

Le manuel doit donc respecter cette égalité entre les individus, la promouvoir et former les élèves à cette notion d’égalité.

LE CONSTAT

Les stéréotypes persistent dans les manuels scolaires.

Mais on a du mal à les voir…

Les stéréotypes les plus criants ont été gommés, ceux qui subsistent apparaissent pour le lecteur comme « naturels ».

De plus, dans les manuels, l’attention que porte le lecteur (enfant ou adulte) à la pédagogie et à l’iconographie le détourne de la perception de ces stéréotypes.

1 – Dans les manuels, les hommes et les femmes sont-ils représentés aussi souvent ?

NON!

a) En général, dans les textes comme dans l’iconographie, les garçons et les hommes sont plus cités que les filles et les femmes.

Exemple : Dans un dictionnaire pour CE1-CM1, quatre pages prises au hasard : 38 références aux hommes contre 4 aux femmes…

Exemple : Dans la recherche de l’association  » Du côté des filles « , sur 600 albums illustrés pour les 0-9 ans : le monde est constituée en majorité d’hommes. De plus, la palette de figures masculines est variée, alors que les personnages féminins sont limités et caricaturaux.

b) Les héroïnes sont rares.

Exemple : Dans un manuel de Français CM2 (1992)., sur 43 textes au total.
Les héros sont 5 fois plus souvent masculins que féminins.
Si l’histoire comporte 1 seul héros (19 cas) : 16 fois masculin, 3 fois féminin. Si l’histoire comporte 2 héros : 10 fois 2 masculins, jamais 2 femmes ou 2 filles !!! Si l’histoire comporte des héros multiples : les héros féminins n’apparaissent que 3 fois et dans le rôle de mère ou d’épouse.


Exemple : Dans un manuel de Français 5e (1991), les héros sont 25 fois des hommes, 7 fois des femmes.

-> À qui peuvent s’identifier les filles ?

c) Les auteurs féminins sont sous-représentées.

Exemple : Français 5e (1991) 63 auteurs : 58 hommes, 5 femmes, 5 anonymes.

Il est vrai que le nombre d’auteurs-femmes est inférieur au nombre d’auteurs-hommes. Mais pas dans cette proportion. De plus, ne faut-il pas les mettre en avant ? Car le message erroné qui est envoyé, c’est que les femmes n’appartiennent pas à la grande famille des auteurs littéraires. Elles n’accèdent qu’aux genres mineurs, comme les journaux intimes : elles restent dans le singulier et n’accèdent pas à l’universel. L’élève se forge un jugement faux sur la littérature.

2 – Les femmes sont-elles représentées selon le nouveau modèle féminin dominant ou selon le modèle traditionnel ?

Le stéréotype le plus fréquent (= modèle traditionnel) : la femme responsable des tâches familiales et domestiques. Le nouveau modèle féminin dominant dans notre société : la femme qui concilie activité professionnelle et vie familiale.

Considérons 3 sphères :
Sphère 1 : la famille
Sphère 2 : la liberté personnelle (sexualité, séduction, loisirs, amitié, engagements)
Sphère 3 : le travail et le pouvoir politique

Dans chacune des sphères, hommes et femmes sont-ils représentés aussi souvent ?

NON

a) Les femmes sont beaucoup dans la sphère 1 (famille):
Exemple : Français 5e (1991)
Le seul texte mettant une femme en valeur est l’extrait d’une pièce de Courteline, « Le Petit Malade », où une mère reçoit le médecin pour son enfant malade. Dans ce même exemple, les thèmes retenus appartiennent à la sphère dite masculine : bâtisseurs de cathédrale, brigands, explorateurs, aventuriers des mers, chevaliers, etc.
-> Les auteurs du manuel (trois femmes) s’adressent exclusivement aux élèves masculins, dans le choix des auteurs, des héros et des thèmes.

Le stéréotype de  » la femme aux fourneaux  » est récurrent dans toutes les matières.

Exemple : Un ouvrage parascolaire d’anglais pour les élèves de 6e décrit des images de la vie quotidienne : la mère fait les courses au supermarché, la grand-mère aussi, pendant qu’une caissière enregistre les achats…
Exemple : Énoncé de problème de mathématiques :  » Pour s’équiper en outillage, M. Duchemin a fait l’achat d’une perceuse à 415,70 F et d’une scie à 188,90 F. Pour le repas, Mme Duchemin a acheté un rôti de veau à 59F et un camembert à 11,60 F. Mme Duchemin envoie Christine acheter une baguette à 4 F…  »
Exemple : Une étude a été faite sur l’iconographie des manuels d’histoire-géographie de 6e et de 3e : beaucoup d’images représentent des femmes allaitant ou s’occupant de leurs enfants.

b) Les femmes sont un peu dans la sphère 2 (liberté personnelle):
Les femmes ne font pas de politique, ne sont pas militantes, n’exercent pas de métiers à responsabilité.

Exemple : Français 5e (1991)
Sur les 5 auteurs féminins présentés, 3 sont dans le chapitre « Lettres et journaux intimes », s’adressant dans 2 cas sur 3 à leur fille (-> sphère 1).

c) Les femmes sont quasi absentes de la sphère 3 (travail et vie politique):
Elles ne sont pas associées au pouvoir.

Exemple : dans les livres d’éducation civique, les études de cas présentent rarement des femmes au poste de principal, maire, président de la cour de cassation ou autres.

Exemple : Livre d’histoire-géographie 4e technologique (1995)

Étude de cas : l’élection du délégué de classe. Il s’agit d’une classe mixte de 30 élèves, les 4 candidats sont des garçons. Un garçon est élu, une fille non candidate reçoit une voix.

La situation ne reflète pas la réalité (il y a beaucoup de déléguées): idée complètement sexiste car fondée sur l’a priori selon lequel les garçons sont supérieurs aux filles dans ces pratiques.

D’autre part, la fille ne perd pas, elle est hors-jeu, hors du jeu du politique dès le départ, et ridiculisée à l’arrivée.

Les femmes célèbres sont peu ou pas évoquées (elles le sont dans un livre sur 10 en gros).

Les femmes ne sont pas associées à l’Histoire. Elles ne sont pas intégrées à l’ensemble du cours des événements , elles sont acteurs de second plan, leur action est décousue : l’image qui transparaît est que l’Histoire est faite par les hommes. Là aussi, il est vrai que les guerres et les conquêtes sont des histoires d’hommes. Mais l’Histoire n’est pas faite que des guerres et des conquêtes…

Les femmes sont évoquées dans les thèmes suivants :

  • – condition féminine au XIXème siècle,
  • – travail des femmes et des enfants,
  • – rôle des femmes dans la première guerre, – émancipation des femmes dans les années 1920.

d) Plus grave! Des erreurs:
– les manuels parlent presque toujours de suffrage universel pour suffrage universel masculin (en 1848).

d’) Et des ommissions:
– le programme de collège ne citent que Jeanne d’Arc et Marie Curie, mais il n’y a pas qu’elles! De grandes figures sont oubliées, notamment lors de la Révolution française, Téroigne de Méricourt ou Olympe de Gouges ou pendant la Résistance.
Mais l’Histoire ayant été écrite par des hommes et étant présentée ainsi depuis au moins un siècle, on a oublié les autres…

3 – Dans l’ensemble, les femmes sont-elles représentées de manière valorisante ?

NON!

a) Les femmes sont absentes des rôles valorisants:
Exemple: Français CM2 (1992)
Un chapitre présente trois personnages contemporains célèbres : tous des hommes (Devos, Tabarly, Siffre).
Cette représentation qui ne correspond pas à la réalité (n’existe-t-il pas des femmes célèbres?) illustre l’idée que les femmes ne font rien d’intéressant en dehors de s’occuper de leur maison et de leurs enfants.

b) En général, et contrairement aux hommes, lorsque les femmes apparaissent dans les manuels, leur présence n’est, la plupart du temps, ni soulignée, ni valorisée par les auteurs:
Exemple: Dans une étude menée sur une trentaine de livres d’histoire pour le lycée, si un auteur évoque le nom de Marie d’Agoult qui publia sous un nom d’homme, il n’explique pas la raison de son choix, idem pour Louise Michel ou les suffragettes : pas de détails sur leur origine, leur devenir, l’enjeu de leur combat.
L’apparition des figures féminines dans les livres d’histoire souffre d’un déficit de sens, révélant un processus de dévalorisation inconscient, préoccupant quant à ses effets sur les élèves qui ne peuvent pas comprendre le rôle des femmes dans l’Histoire de France et dans la société contemporaine.
Cette absence de commentaire sur les femmes les rend quasi invisibles.
-> Le modèle d’identification proposé aux filles est problématique.

c) Les femmes sont représentées dans des rôles dévalorisants:
*_ Le stéréotype de la femme-objet , valorisée à travers l’image de son corps.
Exemple: Dans l’étude menée sur l’iconographie dans des manuels d’histoire-géographie de 6e et de 3e.
Beaucoup de femmes nues, peu ou pas d’hommes nus.
Les femmes apparaissent comme des objets de désir ou des faire-valoir pour l’homme : Marlene Dietrich dans « Lili Marlene », par exemple.

*_ Le stéréotype de la  » femme féminine « , c’est-à-dire belle, douce, passive, faible, etc.
Exemple: Dans un dictionnaire pour les enfants de primaire, on trouve la définition des mots suivants :
– mâle : qui est caractéristique du sexe masculin, force, énergie.
– féminin : caractère féminin, ensemble des caractères correspondant à une image biologique et sociale (charme, douceur), contraire de virilité.

Dans un autre dictionnaire pour enfants, on trouve les exemples suivants pour illustrer les différents sens du mot bien : – Elle est bien, elle est belle.
– Un homme bien est un homme estimable (sérieux). (sic!)

Dans un livre de biologie 5e (1987), la qualité d’actif est attribuée aux hommes et la passivité aux femmes! Les hommes sont représentés en action : cyclistes, coureurs, gaillard torse nu (homme-objet?). Quant aux femmes, elles embrassent les cyclistes à l’arrivée…

*_ Apparaît aussi la femme qui doit être réconfortée et qui est fragile, facilement fatiguée:
Exemple pris dans un manuel de grammaire: « après ces événements, maman aspire au repos ».

*_ voire aussi la femme un peu sotte:
Exemple dans le même ouvrage: « il lui parle pour qu’elle ne s’ennuie pas » : « elle » est un peu sotte mais aussi inactive et sans initiative (mais heureusement « il », son mari, est intelligent).
-> Il s’agit bien là d’une caractéristique du sexisme: on présente et on reproduit les stéréotypes soi-disant liés aux sexes alors que ce sont des qualités et des défauts partagés par les deux sexes.

– Lorsqu’on les voit au travail (sphère 3), les femmes exercent des métiers peu valorisants: elles sont ouvrières (cf. pendant les deux guerres mondiales), gardiennes d’immeuble, ou bien elles font des métiers traditionnellement « féminins »: infirmières ou maîtresses d’école.
Alors que les hommes font des métiers variés et de responsabilité.
Exemple: Dans un manuel de français CM1 : « Le centre spatial est habité par des savants, la fusée Ariane est construite par des ingénieurs, le physicien part en Guyane part avion » (et que fait sa femme ?), etc.

-> Cette image est contraire à la réalité, on occulte l’activité des femmes: il existe en France 510 000 femmes chefs d’entreprise et 43 % des magistrats sont des femmes (pour ne citer que deux exemples).

Exemple récapitulatif: dans un dictionnaire pour enfants de primaire:
À la définition du mot bain :
« Le président prend un bain de foule, Jeanne prend un bain de soleil. »
-> Les femmes sont liées à la beauté, aux loisirs et à la passivité, les hommes aux postes à responsabilité et à l’activité.

Conclusion

Quel modèle d’identification est proposé aux filles dans les manuels ?

Les manuels envoient aux filles un message de dévalorisation avec un modèle et un rôle préétablis, traditionnels, peu variés et inférieurs à ceux proposés aux garçons, ce message les empêche d’avoir la liberté de leur choix.

Question subsidiaire: Tous les livres sont-ils sexistes?

Dans certains livres, les stéréotypes ont complètement disparu mais les femmes ont disparu avec.
Dans d’autres, les stéréotypes ont disparu et les femmes sont restées, avec un traitement égal :

  • dans la répartition des tâches
    Exemple: dans un livre de lecture (1996), les parents sont associés tous les deux à la vie de famille, papa ou maman achètent le cartable ou le sac de sport, le père est présent le mercredi, les parents vont ensemble à la piscine.
  • dans la représentation de la nudité et de la beauté
    Exemple: une page avec Marylin Monroe et James Dean,
  • dans les activités et dans la réussite
    Exemple: dans un livre de lecture, la petite fille court plus vite que le petit garçon.

Donc, il est possible d’éliminer les stéréotypes tout en abordant tous les sujets (vie familiale, vie professionnelle, etc.) et tout en donnant une image vraie de la société (la réalité c’est que les rôles, notamment parentaux, ont évolué et évoluent : oui, les papas achètent des cartables!).

DES SOLUTIONS

1 – Bilan des actions entreprises en France et ailleurs

a) En France
– Les lois et règlements
Les programmes scolaires de 1975 et de 1982 sont clairs : les thématiques pouvant induire des stéréotypes ont été éliminées.
1980 : proposition de loi pour lutter contre la discrimination raciste et sexiste.
-> Cela reste à l’état de proposition.
1981 : le Secrétariat à la condition féminine créée une commission de contrôle des outils pédagogiques pour éliminer les stéréotypes.
1982 : un arrêté du ministère de l’Éducation nationale vise à combattre les préjugés sexistes, ce texte est ajouté à tous les programmes.
1983 : deux notes de service demandent aux chefs d’établissement et aux enseignants de veiller à l’absence de stéréotypes sexistes dans le choix des supports et insistent sur la nécessité de la mixité dans la vie éducative (choix des manuels et formation des enseignants).
-> pas de suivi administratif.
1986 : une commission nationale de relecture des livres scolaires est créée.
-> Elle n’a jamais fonctionné.
1988 : proposition de loi du groupe communiste du Sénat pour l’égalité des sexes dans les manuels scolaires.
-> Elle n’a jamais été examinée.

À la suite de ces initiatives, auteurs et éditeurs ont retiré les stéréotypes sexistes les plus criants.

Pendant dix ans : RIEN, la conviction générale est que la question du sexisme dans les livres scolaires était réglée. Significatif : aucun rapport de la D.E.P. (Direction de l’Evaluation et de la Prospective du ministère de l’Éducation nationale) (actuellement D.P.D.).

– Le mouvement associatif
Les associations  » Pour une éducation non-sexiste  » (créée en 1980) de Catherine Valabregue et  » Du côté des filles  » (créée en 1994) active en Italie, en Espagne et en France ont milité contre le sexisme dans les manuels scolaires, notamment en promouvant : – un matériel pédagogique adapté, – la formation continue des enseignants sur ce thème.

– La recherche universitaire : rien depuis 10 ans.

b) Dans les organisations internationales
Union européenne : l’égalité des chances et l’élimination des stéréotypes sont une préoccupation essentielle (cf. des rapports ; des recommandations ; le programme d’action de 1985 qui recommande l’élimination des stéréotypes dans les manuels et le remplacement du matériel sexiste ; le programme TENET pour la formation des enseignants en matière de promotion de l’égalité des chances…)

Conseil de l’Europe : une recommandation relative à l’égalité des sexes dans le domaine de l’éducation (1995).

O.N.U. : la Déclaration finale de la Conférence mondiale sur les femmes à Pékin (1995) recommande de développer des programmes, des manuels et des aides pédagogiques dépourvues de stéréotypes.

c) Dans les autres pays
– En Allemagne : les autorités ont un contrôle sur le contenu.

– En Espagne : le ministre de l’Éducation et de la Culture supervise les projets d’édition.
L’Institut de la femme a diffusé avec la commission européenne une affiche pour le choix de livres scolaires non-sexistes dans toute l’Union européenne.

– En Grèce : l’institut pédagogique approuve les manuels, décide de leur choix et de leur diffusion.
Il existe une formation des enseignants sur la lutte contre le sexisme.

– En Irlande : des  » règles à l’usage des éditeurs sur le sexisme et les stéréotypes  » ont été rédigées et seuls les manuels qui s’y conforment sont acceptés. On attribue un prix aux meilleures publications en matière d’égalité des chances.
Il existe une formation des enseignants sur la lutte contre le sexisme.

– Au Portugal : des critères de sélection des manuels sont envoyés aux établissements et aux éditeurs.
Des commissions évaluent la qualité des manuels (ils peuvent faire suspendre les ventes).

– Aux Pays-Bas : il existe une discipline pour les 12-15 ans appelée  » Partager le souci  » qui les informe notamment sur le partage des tâches ménagères, la santé, les soins, l’alcoolisme et l’éducation du consommateur.
Dans le cursus des étudiants en histoire, une épreuve leur demande de donner des exemples d’individus et de groupes définis par leur situation sociale, leur profession, leur sexe.
Il existe un manuel de recommandations destinés aux auteurs.
Une récompense est offerte au manuel le plus innovant ou le plus performant en matière de respect de la parité homme/femme.
Un travail a été mené conjointement aux Pays-Bas et en Espagne sur l’amélioration des représentations hommes-femmes dans les manuels, il suggère notamment que la législation prévoit un cahier des charges préalable à l’écriture.

– Aux États-Unis : dans la plupart des États, les manuels sont soumis à un agrément de l’administration.

– En Norvège :  » The equal status act  » (1978), loi sur l’égalité des statuts, établit que le matériel pédagogique doit se fonder sur le principe de l’égalité entre les sexes. Tous les manuels sont évalués avant d’être approuvés.

– Au Canada et au Québec : les manuels sont soumis à l’approbation du ministère de l’Éducation, l’évaluation est fondée sur une grille d’évaluation à 17 critères dont 7 concernent le non-discrimination sexuelle, raciale ou autre. Des guides sont publiés pour les éditeurs, les auteurs, les enseignants.
On a opéré une  » désexisation  » systématique des contenus des programmes.
-> méthodes assez efficaces.

2 – Les obstacles

a) Les prescripteurs
Les enseignants français ne savent pas choisir un manuel non sexiste : ils ne sont pas formés pour cela.

b) Les auteurs et les éditeurs
Les auteurs et les éditeurs ne savent pas refuser une illustration ou un document sexiste car ils ne sont pas formés sur la question. Les stéréotypes sont tellement ancrés que seul un oeil exercé peut les repérer. Ils ne pensent pas davantage à vérifier systématiquement que hommes et femmes sont représentés à part égale (même nombre, même fonction, etc.) car ils ne pensent pas que leurs ouvrages sont menacés de sexisme.

-> nécessité de former, d’informer.

3 – Des solutions

a) Des solutions concrètes
Ce que pourrait faire l’État :
– agir sur la conception des programmes en demandant d’accorder aux femmes une place plus grande notamment en littérature ou en histoire (plus d’auteurs féminins dans les programmes de français, plus de personnages historiques féminins dans les programmes d’histoire, pas seulement Jeanne d’Arc et Marie Curie !). Évoquer la problématique non-sexiste dans les documents d’accompagnement des programmes.
– organiser des réunions avec les éditeurs lors des présentations des programmes : les informer sur ce thème.
– créer un prix pour les outils pédagogiques les plus novateurs sur cette question.
– vérifier l’équilibre numérique dans la représentation hommes-femmes dans le choix des exemples, des problèmes et des exercices, dans le choix des illustrations des manuels.
– veiller à l’intégration de développements sur le rôle des femmes (individuel et collectif) dans les manuels d’histoire, géographie, éducation civique, littérature.
– instaurer des quotas d’hommes et de femmes représentés dans les manuels.
– instaurer une vérification des manuels par l’État, ou une approbation ou une notation.

Auprès des prescripteurs : former les enseignants
– dans les IUFM, créer un module (pas optionnel) de formation au choix des manuels incluant le repérage de tous les stéréotypes ainsi que la problématique de l’égalité des chances.
– donner des sujets consacrés aux stéréotypes dans les épreuves sur dossier du C.A.P.E.S..
– concevoir un guide sur le décryptage des stéréotypes pour les enseignants (et éventuellement les auteurs et les éditeurs).

b) Débat
Faut-il demander aux manuels d’utiliser la discrimination positive ?
Alain Juppé, Premier ministre, dans la lettre adressée à la député de la Nièvre, Simone Rignault et au sénateur du Bas-Rhin, Philippe Richert, auxquels il demande le rapport sur les femmes dans les manuels scolaires, évoque en préambule l’évolution du rôle des femmes dans la société française et il donne ce rôle aux livres scolaires :  » il est nécessaire que les livres scolaires et les outils pédagogiques en usage (…) non seulement traduisent, mais encore favorisent l’évolution ainsi constatée.  »

En effet, on a vu que dans certains domaines (littérature, histoire), les femmes sont moins nombreuses que les hommes (il reste à voir pourquoi…) : faut-il en citer plus, quitte à citer auteurs ou actrices de l’Histoire plus mineures ?
On sait aussi que dans le domaine de la vie familiale ou politique, le rôle des femmes évoluent mais l’égalité n’existe pas encore (répartition des tâches ménagères, participation à la vie politique). Faut-il insister sur leur rôle ? Par exemple, citer systématiquement autant de femmes que d’hommes quand on évoque la Constitution de la Ve République (la présidente du Conseil régional, le député, la mairesse, etc.). Par exemple, citer les deux parents à égalité quand on décrit une vie de famille.

Deux conceptions :
– soit revendiquer le droit à la différence et à l’expression (on considère les femmes comme une minorité qui doit pouvoir s’exprimer), ce qui justifie la discrimination positive,
– soit revendiquer l’égalité et l’universalisme républicain pour s’opposer à la discrimination positive.

Troisième voie :
Une solution adaptée mettant en valeur les femmes dans certains domaines (littérature, Histoire, politique) quand cela est nécessaire.

Et Mix-Cité dans tout ça ? (Conclusion)

Les actions que pourrait engager Mix-Cité sur ce thème :

– Faire pression auprès de l’État et du ministère de l’Éducation Nationale pour les solutions précitées (concernant la conception des programmes, l’information des éditeurs, la création d’un prix, la vérification des manuels et la formation des enseignants).

– Informer les éditeurs et les auteurs : rédiger une note circulaire à tous les éditeurs, éventuellement une grille pour vérifier que les livres ne sont pas sexistes pour les éditeurs, les auteurs et éventuellement les professeurs. (en cours)

– Informer les élèves et les professeurs sur la question du sexisme, notamment par une action directe dans les écoles.

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